Par Claire Le Gall-Robinson, secrétaire générale et membre du comité exécutif de SCOR, experte du Club des Juristes

Chronique publiée dans Les Echos.

Polycrise géopolitique et climatique, inflation réglementaire et normative, irruption de l’intelligence artificielle dans les processus décisionnels : jamais les entreprises n’ont eu à décider aussi vite, sur des sujets aussi exposés, dans un environnement aussi contraint. Les dirigeants sont confrontés à une tension permanente entre vitesse et maîtrise, entre innovation et responsabilité, entre performance économique et attentes sociétales.

Dans ce contexte d’équation instable, la performance ne se limite plus aux seuls résultats financiers. Elle se mesure aussi dans l’efficience des décisions, leur traçabilité, leur acceptabilité par l’ensemble des parties prenantes et leur alignement avec la stratégie de l’entreprise.

Des sujets interconnectés

Cette ère de la complexité bouscule la gouvernance d’entreprise. Conseils d’administration et comités exécutifs doivent arbitrer plus vite, sur des sujets plus interconnectés, avec des conséquences juridiques, humaines et réputationnelles immédiates. L’accumulation des normes et réglementations (durabilité, ressources humaines ou protection des données) accroît le besoin de lisibilité, d’alignement et d’une approche multidimensionnelle.

L’accélération et l’interconnexion des crises (géopolitiques, climatiques, réglementaires, réputationnelles) obligent à repenser la prise de décision, les circuits de gouvernance, la gestion des risques et l’articulation entre conformité, stratégie, exécution et communication. Ainsi, leur gestion est désormais un révélateur de la performance durable et de la crédibilité de l’entreprise.

Le secrétariat général relie des disciplines qui ne peuvent plus fonctionner en silos mais doivent se conjuguer

Dans ce nouveau paradigme, le secrétariat général change de dimension. Longtemps perçu comme une fonction de garde des cadres juridiques, il s’impose aujourd’hui comme une fonction d’architecture, de cohérence et de pilotage de la responsabilité de l’entreprise. En organisant et faisant vivre le cadre propice à la prise de décision, il permet à l’entreprise d’agir vite sans renoncer à la maîtrise et la rigueur nécessaire.

Le secrétariat général relie des disciplines qui ne peuvent plus fonctionner en silos mais doivent se conjuguer : gouvernance, juridique et conformité, ressources humaines, communication, affaires publiques, durabilité, gestion des risques. Au-delà de la coordination, sa valeur réside dans sa capacité à transformer des obligations multiples, parfois contradictoires, en priorités lisibles et en arbitrages assumés, au service de la stratégie de l’entreprise.

La gouvernance, moteur de confiance

J’ai pu constater et accompagner cette évolution chez SCOR, où le secrétariat général est devenu un point de convergence stratégique entre gouvernance, conformité, risques et communication. Elle répond à une attente forte des parties prenantes. Les investisseurs recherchent performance et prévisibilité. Les régulateurs exigent des dispositifs fiables. Les collaborateurs attendent du sens, de la sécurité et une culture d’entreprise qui promeut l’exemplarité et la transparence. Le marché juge l’entreprise à l’aune de la cohérence entre ses engagements et ses actes.

La gouvernance ne consiste plus en une application mécanique de règles : elle est devenue une condition et un moteur de la confiance. Par sa position transversale, le secrétariat général est devenu un levier stratégique de la gouvernance contemporaine. D’une fonction historiquement tournée vers la sécurisation des règles, il a évolué vers un rôle de boussole stratégique, au point de rencontre entre le droit, la décision, la réputation et les attentes sociétales.

Cette fonction d’interface confère à l’entreprise l’agilité nécessaire pour décider dans un environnement complexe, anticiper les impacts de ses choix et préserver, dans la durée, la confiance et la valeur du groupe. Elle se traduit par la capacité à anticiper les impacts d’une décision sur les régulateurs, les investisseurs, les collaborateurs et le marché.

Dans un monde instable, la gouvernance ne protège plus seulement l’entreprise ; elle conditionne sa capacité à durer.