skip to Main Content

Le monde est clos et le désir infini de Daniel Cohen

Et si le numérique transformait la France sans faire repartir la croissance ?

L’année 2015 restera celle du virage numérique. Les grands groupes français adoptent, de plus en plus, de vraies stratégies digitales pour adapter leur offre et la marque French Tech, qui abrite les start-up, prend une dimension internationale. Et pourtant la croissance ne repart pas.

Daniel Cohen, économiste renommé, auteur de très nombreux ouvrages, est l’un des fondateurs de l’Ecole d’Economie de Paris. Agrégé de mathématique il enseigne à l’école normale supérieure. Dans son dernier livre paru en septembre dernier « Le monde est clos et le désir infini » il passe au crible le modèle de nos sociétés modernes fondé sur le mythe de la croissance éternelle et propose des pistes pour apprendre à vivre sans croissance.

Il part du constat, avec l’économiste Robert J Gordon, que nous vivons une époque de grandes innovations, avec l’entrée dans le monde du numérique mais que ces innovations ne soutiennent plus la croissance comme jadis avaient pu le faire la machine à vapeur, le chemin de fer ou le téléphone. La croissance apparait et disparait en créant une insécurité économique et sociale insupportable pour la classe moyenne qui est la principale victime de la numérisation du monde. Nous sommes entrés dans une révolution industrielle sans croissance. Une société plus riche mais beaucoup plus incertaine. Il considère que la grande peur du monde est fondamentalement liée à cette insécurité économique.

Dans une grande fresque historique, philosophique et économique, l’auteur s’interroge et nous interroge sur la nécessité d’un changement de modèle pour pouvoir sortir de cette société de l’incertitude. Il va falloir apprendre à élargir notre conception du progrès qui ne pourra plus être, uniquement, la satisfaction matérialiste de nos envies. Il ne croit pas à la croissance infinie mais il cherche comment s’adapter à ces fluctuations.

Cette démarche qui consiste à nous proposer une nouvelle vision de notre société est propre à Daniel Cohen. Elle s’oppose à une vue anglo-saxonne plus pragmatique, telle celle de Thomas Piketty dans son ouvrage sur le capital au XXIe siècle, qui consiste à poser un problème et d’y apporter une réponse. Daniel Cohen nous fait revivre tout le parcours de la croissance depuis l’ère préhistorique des chasseurs –cueilleurs. Il ne faut pas chercher dans ce livre des recettes miracles pour faire redémarrer la croissance ou organiser la décroissance, tout au plus un regard intéressé sur le modèle danois de la flexisécurité. Mais chacun de nous peut y retrouver beaucoup plus sur le désir humain qui est profondément malléable, influencé par les circonstances dans lesquelles il se déploie, ce qui le rend insatiable, infini.

Dans un contexte où les conséquences sociales de cette grande transition numérique sont imprévisibles, il faut rendre le désir humain compatible avec la préservation de la planète. Il nous incite à passer du règne de la quantité à celui de la qualité. Les mentalités, nous dit- il, ont changé plusieurs fois dans l’histoire mais jamais par décret.

Le monde est clos et le désir infini – Daniel Cohen – Editions Albin Michel – Août 2015

Back To Top
×Close search
Rechercher