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La voix pour concourir à l’éloquence

C’est presque un truisme de souligner qu’un même texte dit par deux personnes différentes peut avoir sur un auditoire des effets opposés ; Cicéron l’avait déjà noté, il y avait 20 siècles, qui affirmait  dans ses traités de rhétorique le rôle primordial de la voix dans le succès de l’action Oratoire.

On peut considérer la voix sous deux aspects : elle rend d’abord  audible par la parole l’idée que l’orateur veut exprimer; ensuite, les mots qu’elle prononce sont autant de sons qui, produits  selon un certain rythme, un certain ton, une certaine intensité, suscitent des réactions physiques d’où peuvent naître toute sorte de sentiment, la joie, la colère ou l’angoisse ; La prise en considération des qualités phoniques de la voix de l’orateur nous renvoie d’ailleurs à l’idée de la séduction par la parole, la voix agissant parfois sur l’auditoire comme un charme. On est là au cœur du combat que Platon livra contre certains Sophistes, qui s’attachaient plus à l’esthétique du discours qu’à sa cohérence philosophique.

A cet égard, on a longtemps cru que l’éloquence était le propre des voix graves, venant du torse, ce qui leur donnait cette puissance de conviction contre laquelle l’auditoire ne pouvait pas résister. Paradoxe en effet puisqu’il fallait avoir une voix de « basse » pour être un « ténor » comme si la sonorité rimait avec la persuasion : or, Démosthène, paraît il, avait une voix fluette et le Barreau ou le monde politique n’ont jamais  manqué de femmes éloquentes, « sopranos » en leur domaine.

La plus persuasive des voix est, en réalité, celle qui réalise, dans une mystérieuse alchimie la combinaison parfaite du sens exprimé et du son prononcé. Quelque belle que puisse être la voix, elle ne sera jamais qu’un instrument qui doit se faire oublier pour mieux imposer le sens ou le message que l’orateur veut transmettre. Sitôt qu’on trouve belle une voix, c’est qu’elle est près de manquer son effet…

Mais la voix de l’orateur n’est efficace que si elle est maitrisée : d’abord par une articulation  claire et distincte pour permettre à chacun d’entendre facilement tous les mots énoncés ; ensuite par le débit dont on admet qu’il doit osciller entre 120 et 160 mots par minute ; en outre, par la variété du ton employé : l’inflexion  de la voix est en effet essentielle ; la voix doit  être vive et légère si l’on veut donner le sentiment de la joie ; véhémente, si l’on veut exprimer des reproches ; douce, si l’on doit consoler, douce jusqu’au silence …

L’orateur, encore   doit choisir un ton qui convienne à son auditoire, à la nature de son propos, et au but de son intervention ; il doit au surplus veiller à la cohérence de sa voix avec son attitude corporelle. Comme l’a souligné Bergson « chez un orateur le geste rivalise avec la parole ». La voix est toujours en concurrence avec le geste, les mouvements du visage, ou le regard.

Enfin et surtout, la voix doit en toutes circonstances traduire la sincérité du propos.

C’est à ces conditions que la voix peut concourir à l’éloquence.

Par François Martineau, Associé du cabinet Lussan, partenaire du Club des juristes

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