Chronique de Claude Askolovitch
Presse radio
Revue des chroniques
Vendredi 17 juillet 2009
A la Une de la presse
Les dépenses de la présidence de la République
La Cour des comptes met son nez à l’Elysée
Europe 1 - 7h48 ~ C. Askolovitch
N. Sarkozy a remboursé 14.000 euros à l’Etat, d’après le rapport de la Cour des comptes sur les dépenses de l’Elysée. On trouve quelqu’un de plus fort que le président de la République, peut-être, P. Séguin, le président de la Cour des comptes ?
Ça lui ferait plaisir d’entre ça, P. Séguin. Même si évidemment ça ne s’est pas passé tout à fait comme ça. N. Sarkozy était d’accord pour rembourser les 14.000 euros. Mais c’est vrai que le destin est parfois étonnant. Séguin, il y a quelques années, c’est quelqu’un dont beaucoup pensaient qu’il serait un jour président de la République, c’était le héros du non à Maastricht, le héros de la République, du gaullisme social, l’homme qui raccrochait au nez de J. Chirac quand il n’était pas content. Bref, quelqu’un d’important. Et puis un jour, il a renoncé à la politique ou la politique a renoncé à lui. Et aujourd’hui, on le retrouve, P. Séguin, de l’autre côté de la barrière. Il est l’homme qui contrôle les pouvoirs, et cette inversion des rôles doit beaucoup l’amuser. Quand il était en activité, P. Séguin théorisait que la politique était au-dessus de tout. Quand il était par exemple, président de l’Assemblée nationale, jamais il n’aurait laissé des magistrats de la Cour des comptes se mêler de ses affaires ou de ses comptes. Eh bien aujourd’hui, il essaye d’embêter les députés, il essaye d’embêter les sénateurs, et maintenant P. Séguin taquine l’hôte de l’Elysée, cette maison qui ne sera jamais la sienne...
P. Séguin dit qu’on n’avait pas contrôlé les comptes du chef de l’Etat depuis
Louis XVI...
Ce qui montre que ce vieux républicain a le sens de l’humour, il le prouve tous les jours. Maintenant ça pose une vraie question : est-ce qu’on est réellement sortis de la culture monarchique ? Parce qu’il y a une limite à cet exercice. Ce rapport, sur les comptes de l’Elysée, c’est un rapport "octroyé", la présidence de la République a accepté de se faire ausculter, et N. Sarkozy a accepté de suivre les recommandations de la Cour. Or, un véritable contrôle, c’est un contrôle qui s’impose, ce n’est pas un contrôle qu’on négocie - demandez à L. Armstrong à propos des contrôles anti-dopage, par exemple... Là, entre P. Séguin et N. Sarkozy ces choses-là se passent entre amis.
C’est intéressant quand même, c’est la marque d’un moment, le sarkozysme. Le sarkozysme c’est quoi ? Une modernisation incontestable de la vie politique française, mais c’est une modernisation qui vient d’en haut, c’est parce que ce président de la République a énormément de pouvoirs et d’influence qu’il accepte de se faire contrôler, mais on est toujours en France, toujours dans le choix du souverain, même si le souverain est de bonne volonté.
Donc, si je comprends bien, on a encore pas mal de progrès à faire ?
On a, et on est peut-être en train de faire une révolution culturelle. C’est tout le débat français sur le contrôle des pouvoirs. Est-ce que le monde politique, parce qu’il vient du suffrage universel, est une force supérieure à toutes les autres ? Ou est-ce que ce monde politique peut être soumis à une règle et à ceux dont le métier est de l’appliquer ? C’est toute la question de la loi, la question du droit, la question des juristes, la question des magistrats. En France, on n’arrive pas à comprendre que le droit c’est aussi de la politique.
Un exemple, bloquer les bonus des banquiers ou des traders, ce n’est pas seulement une question de rapports de force politiques ou de colère de H. Guaino, c’est tout bonnement une question seulement de contrat de travail.
Mais ça, le monde politique français a du mal à l’admettre. Il y a des gens qui sont en train de leur expliquer, quand même, aux politiques français. Cela fait un an que des grands avocats, des grands juges, des grands professeurs de droit ont créé ce qui est à la fois un lobby et un cercle de réflexion, ça s’appelle "le Club des juristes". Ils veulent mettre du droit dans la politique et de la politique dans le droit. Bonne nouvelle, ils commencent à intéresser les gens de pouvoir : M. Alliot-Marie, la garde des Sceaux veut les rencontrer. Mais en même temps, c’est cette même garde des Sceaux, M. Alliot-Marie, qui vient nous rappeler que le politique était plus fort que le judiciaire quand elle a obtenu, demandé, exigé, un nouveau procès dans l’affaire du "gang des barbares". Ca, c’est le débat dialectique à suivre. Mais pour ce qui me concerne, je le suivrai après les vacances...
Télécharger le document relatif à : "Chronique de Claude Askolovitch "

- Chronique Europe 1 juillet 09.pdf
- 29,15 ko

